Est ce que parler aider à aller mieux ?
Psychanalyste Paris 18.
Lorsqu’une personne envisage de commencer une psychothérapie ou une psychanalyse, une question revient souvent : « En quoi le fait de parler peut-il réellement soulager une souffrance psychique ? » Cette interrogation est légitime, d’autant que parler de soi existe déjà dans la vie quotidienne, avec des proches ou dans le dialogue intérieur que chacun entretient avec lui-même. Pourtant, la parole en cure ne se confond pas avec la conversation ordinaire.
Dès les débuts de la psychanalyse, Sigmund Freud a accordé une place centrale à ce qu’il nomme la règle fondamentale . Dans ses écrits techniques, il invite le patient à dire tout ce qui lui vient à l’esprit, sans sélectionner ses pensées, sans chercher à construire un discours cohérent, et sans écarter ce qui pourrait paraître insignifiant, gênant ou absurde. Cette règle de l’association libre constitue l’un des fondements du travail psychanalytique.
Freud observe en effet que l'être tend spontanément à organiser son discours, à contrôler ce qu’il dit, ou à éviter certaines représentations pénibles. Or, ce sont précisément ces hésitations, ces oublis, ces détours ou ces ruptures dans le fil de la parole qui peuvent dévoiler quelque chose de la vie inconsciente. Ce qui semble secondaire ou sans importance dans le récit conscient peut parfois conduire à un savoir intime essentiel.
La psychanalyse ne vise donc pas simplement à « se confier » ou à obtenir un soulagement immédiat par l’expression émotionnelle. Elle propose un cadre particulier dans lequel, par la parole, l'être peut progressivement se dégager des exigences habituelles de maîtrise et de rationalisation. En laissant venir librement ses pensées, le patient permet l’émergence de liens inattendus entre des souvenirs, des affects, des symptômes ou des répétitions qui jusque-là demeuraient difficilement accessibles.
Il ne s’agit pas d’un exercice de libre expression sans direction, mais d’un travail psychique rigoureux où l’attention portée aux associations, aux déplacements, aux répétitions et aux formations de l’inconscient permet peu à peu d’éclairer ce qui, dans la souffrance, restait opaque à l'être lui-même.
Mais le sentiment de soulagement, qui arrive souvent très vite au début de la cure, n'est pas suffisant pour un travail solide. Il peut apparaître lorsque certains conflits internes commencent à être reconnus, pensés et élaborés autrement. Ce qui se répétait dans l’angoisse, dans le symptôme ou dans certaines impasses relationnelles peut alors progressivement perdre une part de son caractère contraignant. Ensuite, il reste tout un chemin afin de construire autrement le fait d'exister dans sa vie.
La parole n’a pas pour fonction de produire des conseils rapides, ni d’imposer des solutions extérieures. Elle ouvre un espace où l'être peut entendre quelque chose de sa propre vérité psychique, au-delà des explications toutes faites ou des réponses immédiates. C’est dans cette élaboration progressive, rendue possible par l’association libre, que la psychanalyse situe la possibilité d’une transformation intérieure durable.